Il y a encore cinq ans, quand j’accompagnais un client français au poste-frontière entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, nous passions parfois une demi-journée à dédouaner un simple conteneur. Les procédures, les tampons, les « frais de facilitation » – tout semblait conçu pour décourager le commerce entre voisins. Aujourd’hui, avec la ZLECAf, les entreprises européennes disposent d’un nouvel accès à ce marché continental.
Ce temps-là touche à sa fin. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) entre dans une phase opérationnelle décisive. Avec 54 pays signataires, 1,3 milliard de consommateurs et un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars, c’est le plus grand marché commun au monde en nombre de pays participants.
Pour les PME européennes, cette intégration continentale change la donne : une implantation en Côte d’Ivoire ou au Sénégal n’est plus seulement un accès à un marché national. C’est une porte d’entrée vers tout le continent.
ZLECAf : quelles opportunités pour les entreprises européennes ?
Le Forum Biashara Africa, initialement prévu en novembre 2025 à Lomé, s’est finalement tenu du 18 au 20 mai 2026. Cet événement illustre les ambitions de la zone et son avancée concrète.
Ce qui est opérationnel
- Le cadre juridique est en place — l’accord est entré en vigueur le 30 mai 2019
- 54 des 55 pays africains ont signé (seule l’Érythrée manque)
- 47 pays ont ratifié l’accord
- Les premières listes tarifaires ont été échangées
- Le système de paiement panafricain (PAPSS) facilite les transactions en monnaies locales
Pourquoi l’Afrique francophone est un hub stratégique
1. Un cadre juridique harmonisé (OHADA)
Les 17 pays membres de l’OHADA partagent un droit des affaires unifié : sociétés commerciales, sûretés, recouvrement des créances, arbitrage. J’ai vu des directeurs juridiques parisiens découvrir avec soulagement qu’un contrat signé à Abidjan s’exécute avec les mêmes règles à Douala ou à Dakar.
2. Une zone monétaire stable (FCFA)
L’UEMOA (8 pays) et la CEMAC (6 pays) utilisent le franc CFA, arrimé à l’euro. Cette stabilité monétaire élimine le risque de change pour les entreprises européennes.
Conclusion
La ZLECAf n’est plus un projet. C’est une réalité qui se construit. Pour les PME européennes, l’enjeu n’est pas de savoir si l’intégration continentale africaine va aboutir — c’est de se positionner maintenant, avant que les places soient prises.
L’Afrique francophone, avec son cadre juridique harmonisé, sa stabilité monétaire et ses infrastructures portuaires, offre un point d’entrée privilégié. Les entreprises qui sauront l’utiliser comme hub disposeront d’un avantage compétitif durable sur le plus grand marché émergent du monde.
Frédéric Chapuis accompagne les entreprises européennes dans leur développement en Afrique francophone depuis 25 ans. En savoir plus sur la facilitation d’affaires en Afrique francophone.